LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. VI.

Publié le par David de...

J'ouvre la porte avec fracas et presque hurle: (Chapitres précédents : LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. I. , LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. II. , LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. III. , LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. IV , LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. V. - Sacha! - Ne m'appelle plus jamais ainsi. Je ne crains plus le goulag!
Alexis est un homme pas très net mais très brillant. Plus souvent lèche-cul que suspect quand ses maîtresses disparaissent. Au moins 2 fois. 2 fois marié, 2 fois veuf. Quelle malchance!
 Sa grandiloquence et son aspect massif, qui ne collent guère à son titre, attirent la sympathie, même des flics. Il paraît simple au commun mais est bien plus complexe. C'en est presque vicieux.
Je me suis moi même laissé séduire par cette énorme barrique aux mains démesurées et puissantes, qu'on a peine à croire qu'il n'ait jamais travaillé. Sauf peut être d'étrangler...
Il est loin de l'aristocrate distingué dans son allure, tant la sienne est si bonhomme.
Mais les mots qu'il marie à merveille, font oublier son aspect animal. Il a la grâce encombrante d'un Balzac ou d'un Dumas qui sait séduire par ses révérences, tant verbales que dépoussiérantes, dés lors que sa coiffe quitte le sommet de son crâne pour balayer devant les pieds de celles qui s'aventurent trop près. Mais sans leur grandeur d'âme.
Car il porte toujours un chapeau, qui le distingue des gens du peuple. Oui, il est des gens du monde. Du beau monde, bien sûr.
 Toujours se distinguer du commun, comme il dit. Sinon, c'est tomber dans l'oubli. A moins d'être un artiste. Ce qu'il est, à sa façon. Dans le verbe, comme dans l'horreur. Un artiste sans envergure que celle de détrousser les plus convaincues et les plus naïves, les moins initiées de l' âme humaine.
 Ses cheveux blonds d'ange y sont pour quelque chose puisque son allure est moins appropriée. Son verbe a fini par se noyer dans le champagne et sa fortune dans le jeu, qu'il en devint disgracieux. Au point de me solliciter sans cesse, comme un joueur aux courses "qui va se refaire", mais mise toujours sur un bourricot.

Je lui ouvre la porte et je frappe. Son sang m'éclabousse et Catherine hurle. Je la frappe aussi et l'assomme.
Mes mains sont pleines de sang et mon âme avide d'encore plus. Je continue à frapper le corps d' Alexis couché sur le sol, en prenant plaisir à chaque éclat.
Je me rend compte à l'instant que mes rêves n'étaient que des souvenirs. Que je suis un assassin. On est tous capables de tuer. Il suffit juste de pousser le bouchon au delà d'une limite qu'on a tous. Chacun de nous.
Je porte le corps de Catherine dans la chambre. Elle a le visage meurtri: j'ai frappé trop fort.

 - Armand? Tu es où? Pas avec nous, en tout cas.
 Je reprends mes esprits: je rêvais éveillé... J'imaginais avec volupté, avant de la briser en même temps que le corps de Catherine, m'acharner sur le corps d' Alexis.
 - Tu planes de plus en plus, dit Alexis. Tu vas finir par être ton propre patient! Au moins, çà ne te coûtera pas un rond, ajoute t-il en pouffant.
 Il s'approche de Catherine, saisit sa main et la porte à ses lèvres après avoir prononcé: présente-moi cette charmante princesse.
 - C'est Catherine, répond-je.
 - Ah, Catherine II de Russie: une femme redoutable, dit-il.
 - Je préfère Catherine de Médicis, plus sympa, répond Catherine.
 - Oui mais, beaucoup moins jolie, répond Alexis. Vous avez un verre à la main, qu'attends tu pour me servir??
 - Et je te sers quoi?
 - Tu me le demandes? Vodka, bien sûr! répond-il.
 Il se plonge dans le fauteuil le plus proche et je lui tends son verre.
 - C'est au freezer que çà se met, inculte!
 - Elle y est habituellement...oublié de la remettre...
 - Ah, Armand. Tu te relâches. Alors, quoi de neuf, depuis tout ce temps ? J'ai vu sur la plaque en bas que ton cabinet est fermé pour une durée indéterminée. Tu m'inquiètes vraiment: la vodka, le cabinet...Et quoi d'autre ?
- Je suis le prince de la dame mais je suppose que tu l'avais deviné.
 - Un malheur n'arrive jamais seul mais toi, tu as toujours droit à la pommade avec les bleus, dit Alexis.
- Et toi? remarié et veuf une troisième fois?
 Il éclate de rire et me renvoie:
- Que veux-tu. Malheureux en amour comme au jeu, il ne me reste que la fantaisie et la vodka. On se console comme on peut. Tu es dur avec moi, Armand. Mais asseyez-vous! Vous me gênez d' être assis.
Catherine et moi échangeons nos regards et pressons de nous assoir.
 - Alors, que fais-tu en Floride? Je croyais qu'il n' y avait que New York qui te plaisait aux Etats Unis?
- C'est vrai. Mais à cette époque de l'année, je préfère St Petersbourg à cette latitude, répond Alexis. Alors j'ai pensé qu'un peu de soleil et de jungle de mangrove me dépayseraientt un peu. Et pourquoi ne pas en profiter pour venir voir mon vieil ami Armand?
- Très touchant de ta part, Alexis. Mais je croyais qu'après tes deux mariages avec des milliardaires et leur disparition, tu n'avais plus besoin d'argent.
- Tu m'insultes, là. Je les ai épousées mais pas sans contrat de mariage! Tous leurs biens reviennent à leurs enfants, ce qui est normal. Je n'avais pas intérêt à ce qu'elles disparaissent, sinon je perdais l'usage de leur American express! Elles m'ont laissé un bon bas de laine, ok. Mais tu me connais, Armand, ce n'est pas d'avoir de l'argent qui m'intéresse, c'est le dépenser...De le flamber!
- Et là, t'en as plus, d'où ta visite, répond-je.
 - Ce que tu peux être mesquin! Non. Ma dernière femme, Adelaïde, ma plus chère, connaissait ma nature. Elle a pris des précautions pour que je n'en manque jamais: des bons du Trésor qui ne pourront être cédés qu'à ma mort, à ma future progéniture.
 - C'est très louable comme geste, dit Catherine. Elle vous aimait vraiment beaucoup. Tu vois Armand: il y a des mariages d'argent qui ne finissent pas toujours dans le drame.
 - Mouais...J'ai du mal à y croire. Tu aurais été touché par la grâce? Le doigt de Dieu? dis-je.
- Je ne crois pas en Dieu. Du moins à un type tout seul qui s'emmerde et qui, à partir de rien, crée l'homme à son image et ajoute une femme, à l'image de qui? Drôle d'idée que ces religions monothéistes: c'est absurde! Voire même illogique.
 Et son doigt, je l'ai plus souvent eu dans le cul, pardonnez-moi ce langage, my lady, et il n'y allait pas d'un doigt léger, ce grand gaillard...
- Au contraire,  dit Catherine avec un sourire amusé. Je trouve votre idée du religieux, de la spiritualité ou des croyances, très intéressante. Bien que moi-même je sois catholique, sans vraiment l'avoir choisi.
- Tu serais gonflé d'essayer encore de me promener...
 - Enfin, Armand! Et la rédemption! Sois plus indulgent avec ton ami, dit Catherine.
 - Ma petite grenouille de bénitier: on baigne ? dis-je à Catherine en saisissant sa gorge pour amener ses lèvres aux miennes. Elle prend son air boudeur mais se laisse faire.
- Mais si, Armand! Je suis même venu te rembourser et un peu plus, pour ne jamais m'avoir laissé tomber. Et du cash...

 Il sort un sac de voyage de petite taille du grand qu'il avait apporté et me le jette.
- Ouvre-le, dit il. Je m' exécute. J'ouvre le sac: ce sont des liasses de billets de 50 $.
- ...Je suis surpris. Désolé d'avoir douté. Mais tu ne m'as pas habitué à çà.
 Combien y a t-il dans ce sac ??
- 500, répond-t-il.
 - 500 000?? l'interroge-je. Tu me devais autant?
 - Sur 10 ans, je t'ai emprunté au moins la moitié, non? Voilà: avec les intérêts, dit Alexis.
- Non! sinon, je l'aurai senti quand même. Je ne sais pas quoi te dire. Vraiment...
- Belle soirée, Armand. Tu ne trouves pas? Dit Catherine en éclatant de rire et en me sautant au cou.
 - Plutôt, répond-je à Catherine. Tu te promènes avec tout cet argent depuis NY? lui demande-je.
- Bien sûr que non! Je l'ai retiré à la succursale d'Everglades City, répond Alexis.
 Je reste figé, le regard grave et la mine avec.
- Ton sac me servira d'oreiller et le riotgun, de doudou. Si du moins, j'arrive à dormir...J'aurai préféré que tu me fasses ce cadeau dans la banque: que cette somme passe de ton compte au mien sans en sortir.
 - Cà ne se fait pas d'arriver les mains vides chez un ami...ose répondre Alexis.
 - Vous auriez pu venir avec des fleurs, ajoute Catherine, sans quitter le sac des yeux au point que le vert des billets se confonde avec la couleur de ses yeux.
 - Plutôt une bonne bouteille, rectifie-je.
 - Non. Je tenais absolument à ce que çà se passe ainsi. J'avais même pensé à un paquet cadeau, dit Alexis en souriant.
 - Dis-moi Alexis: si tu me files une prime de bonne camaraderie de 500 000 $, c'est que tu en as au moins 20 fois plus, pas vrai?
 - Il est vrai qu'Adélaïde a su apprécier, dans le sens comptable, mon train de vie. J'avoue que si je ne disposais que du double de cette somme, tu n'aurais pas eu les intérêts, dit-il, sans que son sourire n'ai quitté son visage depuis le début de la conversation. Ou peut être même, rien du tout...
 L'un rachète son âme et l'autre, c'est à dire moi, est en train de la vendre. L'ironie du sort fait des merveilles ces temps-ci.
 Je plonge ma main dans le sac, en retire quelques liasses à pleine main et fais vriller mon poignet comme on admirerait un diamant.
Ce sont d' énormes liasses d'au moins 500 billets, une bonne vingtaine: il ne s'est pas moqué de moi.
 - Il doit manquer 50 $: j'ai dû régler le taxi et je me suis rendu compte que je n'avais pas de cash sur moi. Enfin, dans mes poches...Alors je me suis permis de (il tend la main vers le sac en la secouant)...Tu ne m'en veux pas?
- Penses-tu! répond-je. Je me lève et m'approche de lui en tendant les bras.
 Il me regarde un instant de son fauteuil puis se redresse. Je l'enlace en tapotant des deux mains son dos immense.
 - C'est tout à ton honneur, Alexis. Bien que je n'arrive toujours pas à me faire à cette idée...
 - Tu es odieux, Armand ! dit Catherine. Cet argent est bien réel, non? Bon, on passe à autre chose? Que vous ferait-il plaisir, Alexis, pour cette première soirée dans les Everglades?
 - Ah, Armand: tu as épousé une vraie maîtresse de maison! dit Alexis.
A quoi je réponds: - Nous ne sommes pas mariés.
 - Moi je le suis..., répond Catherine, l'air gênée, donnant l'impression qu'elle grince des dents.
 Nous restons figés, Alexis et moi, à cette révélation.
- Mais... où est ton alliance? demande-je.
 - Je ne la porte qu'en sa présence, celle de ma famille et de la sienne...
 - Pourquoi ne pas me l'avoir dit??
 - Parce que çà ne compte pas ! Ce n'est pas nous qui sommes mariés, mais nos patrimoines. Un mariage de raison, en quelque sorte. Quoique je ne vois pas ce que la raison vient faire là dedans. Pour une bonne raison plutôt!. Un temps puis:
- Comment crois-tu que les grandes fortunes et les grands empires industriels se sont montés, Armand? Nous ne faisons ni plus ni moins, que singer l' Ancien Régime de l'Europe: la noblesse et les rois. Chez eux, dans leur monde, on appelait çà des alliances. Chez nous: des mariages de raison. Mais l'idée est la même: construire des empires.
 - Décidément! m'esclaffe-je. Si je n'étais pas né un autre jour de l'année, je jurerais que c'est mon anniversaire, aujourd'hui !
 - Ne te formalise pas pour ce détail, dit Alexis, en regardant Catherine et acquiescer en même temps qu'elle.
- Un détail de taille, quand même! dis-je sur le même ton. Et vous couchez ensemble? il est jaloux, orgueilleux, je sais pas moi...Dangereux?
 - Mais non. répond Catherine. Oui, nous couchons ensemble pour avoir des enfants. Des héritiers, plus précisément. Nous avons deux enfants et nous avons eu deux rapports sexuels (clin d'oeil aux Monty Python: "The meaning of life"). Ce n'est qu'une formalité: uniquement pour la forme. Mais je t'assure quil n' y a pas le fond. Pas de fond du tout.
- Sers-moi un verre, dis-je en tendant un bras et en m'effondrant sur le canapé.

- Il ne reste qu'un fond...Désolé, répond Alexis.

- Il nous en manquait un, çà tombe à pic, ajoute-je en tendant mon verre.

J'avais cru à une belle histoire d'amour, je me suis trompé: jamais elle ne quittera son mari.

LA PERCEPTION DU MAL. Chapt. VII.

David de...